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La Foire de Bruxelles jour la carte française"Statuette féminine en bronze, art syrien de la fin du IIIe millénaire av. J.-C. Chez Phoenix Ancient Art.
Béatrice de Rochebouët, Le Figaro

LA FOIRE DE BRUXELLES JOUE LA CARTE FRANçAISE
Représentant deux tiers des étrangers, le bataillon de marchands français s'est encore renforcé pour donner un tonplus XXe siècle à cette foire qui poursuit sa percée.
Bruxelles plus française que belge? Devant le nombre impressionnant de nos compatriotes venus en commando pour la 52e Foire des antiquaires de Belgique, la question était sur toutes les lèbres mercredi, dès 15 heures, pour le vernissage très privé, sous la belle charpente industrielle de Tour & Taxis. On se serait cru dans un de nos salons parisiens tant les têtes étaient connues. Des marchands des rives droite et gauche de la Seine (35 sur 130 exposants, soit deux tiers des étrangers, proportion de 45% cette année), aux galeristes venus en reconnaissance ou en liste d'attente. Des collectionneurs marathoniens des foires après la Biennale des antiquaires du Grand Palais et avant Maastricht, aux expatriés fiscaux surnommés les "SDF" (sans difficultés financières) du plat pays. Ou ceux en passe de le devenir si la gauche passe aux prochaines élections.
Ce n'est pas d'art dont on parlait dans tous les stands mais bien de politique ! Tous exprimant leur désolation de "voir la France réduite à l'état de beau pays touristique vidé de son poumon économique". Tous se disant "prêts à partir si Ségolène Royal l'emporte en mai prochain" par peur d'"une taxation sur les oeuvres d'art". Tous avouant "leur rez le bol de la pression fiscale croissante." Une coupe de champagne à la main, l'herbe leur semblait tellement plus verte en Belgique ! Et chacun de comparer les prix de l'immobilier à Bruxelles, "encore beaucop mains cher qu'à Paris", et de fantasmer sur un exode éventuel en terre flamande, cet eldorado en croissance à conquérir, quand Paris voit diminuer son potentiel d'amateurs français et surtout internationaux.
De cette situation, la Belgique se frotte les mains. Elle accueille les bras ouverts nos meilleurs marchands qui valorisent les leurs! Tels les spécialistes des arts premiers des arts premiers Alain de Montbrison ou Bernard Dulon (300 000 euro la maternité Yombe du Congo par le maître des doubles lèbres, rapportée en Europe vers 1880); ceux de la Chine ou de l'Orient, Christian Deydier ou Jacques Barrere (80 000 euro la divinité maléfique Khali en pierre du Xe-XIIIe siècle); ceux des contrées d'Amérique du Sud, Santo Mili (320 000 euro la vase canard olmèque en terre cuite noire) ou ceux de la peinture française, Alexis Bordes (25 000 euro pour Héloïse pensive au couvent, de Paul Delaroche, peinture au velouté de porcelaine dans un cadre néo-renaissance). Cette année, le comité de la foire a même démarché plusieurs galeries, notamment dans le modernes, pour donner du sang neuf à cette manifestation prometteuse initiée par Jan de Maere, spécialiste des tableaux anciens et aujourd'hui sous la présidence de la Danoise Grethe Zeberg.
Hormis Ronny Van de Velde de Berchem, qui dépasse de loin tous ses confrères avec un stand époustouflant (hommage à Picabia de la période Dada avec sept dessins mécaniques proposés à 1.25 M euro et un autoportrait à l'encre sur papier à 55 000 euro), le renouveau XXe vient de Paris. Il emporte tout avec Benoît Sapiro, de la galerie Le minotaure, et son accrochage sur l'abstraction en traversant les mouvements géométriques des années 1930 (950 000 euro l'huile de Kupka Ensemble statique, de 1934). Avec Antoine Laurentin, qui étonne avec le joueur de balle, peint par Alfred Reth en 1920, à son retour de Budapest (20 000 euro). Avec Darga & Lansberg et son hommage à Vasarely (165 000 euro, Vega Rey P 1382A, de 1987), Wesselmann avec des pièces venant de la succession (950 000 euro pour le Grand Nu bleu à la Matisse de 2003) ou Yan Pei-Ming dont le grand Mao rouge, superbe, n'est pas à vendre. Avec la galerie des Modernes, où le connaisseur remarque un Paul Klee de 1939, les Animaux endormis, à la limite de l'abstraction (235 000 euro). Ou encore avec Axel Vervoordt et son immense Drapeau pour un monde meilleur fait de capsules découpées de bouteilles de rhum par l'artiste ghanéen El Anatsui (110 000 euro).
L'esprit général de cette foire reste toutefois très classique avec bon nombre de stands encore médiocres proposant des porcelaines, des statues Haute Epoque, du mobilier XVIIIe et XIXe pour une clientèle essentiellement d'Europe du Nord. "Pas un objet XXe hors du commun dans ce berceau pourtant du modernisme qui a accueilli tous les grands designers du siècle", déplore le marchand et collectionneur Roberto Polo venu chiner pour sa nouvelle galerie Historismus, de la place des Vosges. Au bout de sept heures de visite, cet eshète exigeant avait déniché un vase chryséléphantine de 1894, Iris et Lézards, en ivoire et argent de Philippe Wolfers (200 000 euros à la galerie l'Ecuyer), une série de quatre chaises de Luigi Frullini (55 000e chez Henri Vanhoecker) et plusieurs belles feuilles de Spilliaert célébré en ce moment au Musée de beaux-Arts (105 000 euro La Femme regardant la mer et 115 00e Le Pressentiment de 1902 chez Jamar). La récompense des plus assidus.
"Statuette féminine en bronze, art syrien de la fin du IIIe millénaire av. J.-C. Chez Phoenix Ancient Art, Tour & Taxis 2007.
"Masque en bronze stuqué et doré en pâte de verre bleu. Art égyptien, XXI-XXIIe dynastie, envrion 1069-715 av. J.-C. Chez Phoenix Ancient Art, Tour & Taxis 2007.
